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Mariam Bagayoko et les Aga Khan Music Awards : plus qu’une consécration une évidence

Mariam Bagayoko est une artiste dont la trajectoire épouse le long terme. Son œuvre ne se mesure ni à l’air du temps ni aux modes qui défilent, mais à la profondeur de l’héritage qu’elle porte et transmet. Chanteuse, danseuse et instrumentiste d’exception, elle incarne depuis des décennies la vitalité des traditions musicales du Mali, qu’elle a su préserver, renouveler et faire rayonner bien au-delà de son bèlèdougou. Sa consécration par le AKMA 2025 Lifetime Achievement Award apparaît ainsi comme une évidence : Mariam Bagayoko est, à bien des égards, une ambassadrice naturelle et incontestable de la musique malienne.

La distinction décernée par les Aga Khan Music Awards vient couronner une trajectoire artistique exceptionnelle. La cérémonie de remise des prix s’est tenue le 22 novembre, dans le cadre d’un festival de quatre jours célébrant la musique du Grand Est, organisé en partenariat avec le EFG London Jazz Festival. Entre performances en direct et courts métrages consacrés aux lauréats 2025, l’événement a mis en lumière des artistes dont la créativité, la vision et l’engagement façonnent durablement le paysage musical contemporain. En ouvrant cette édition qui élève Mariam Bagayoko, les AKMA affirment la portée universelle de son œuvre.

Surnommée affectueusement le « Rossignol du Bélédougou », Mariam Bagayoko est originaire de cette région historique du centre du Mali, autrefois rattachée à l’empire bambara précolonial. C’est là qu’elle grandit, au cœur d’un territoire où la musique structure la vie sociale et rituelle. Enfant, elle chante en ramassant des noix de karité, improvise des mélodies simples et fabrique des instruments rudimentaires pour accompagner les femmes dans les champs. Cette relation organique à la musique, vécue comme une extension du quotidien, constitue le socle de son identité artistique.

La voix, le rythme et le corps

Au fil des années, Mariam Bagayoko s’impose comme l’une des grandes interprètes de la tradition vocale bambara, reconnue pour la puissance, la justesse et la profondeur émotionnelle de ses chants. Mais son art est pluriel. Instrumentiste accomplie, elle maîtrise le yabara, grande calebasse à secouer, qu’elle transforme en véritable moteur rythmique. À cela s’ajoute sa relation singulière au balafon, et plus particulièrement au n’goussounbala, grand balafon aux calebasses très résonnantes, propre au Bélédougou, dont elle est aujourd’hui considérée comme la reine. Sa manière unique de danser sur le balafon fait du corps un prolongement du son, abolissant la frontière entre musique et mouvement.

La longévité de Mariam Bagayoko tient autant à sa constance artistique qu’à la profondeur de son engagement. Elle a toujours envisagé la musique comme un espace de responsabilité et de transmission. Son projet Tiébilentiè, développé à Diakaman, met en lumière des pratiques traditionnelles exigeantes, celles des acrobates et des guérisseurs, dont les performances sont souvent accompagnées du n’goussounbala. En valorisant ces formes, elle contribue à préserver des savoirs fragiles et à les inscrire dans le présent.

Pour Mariam Bagayoko, la musique est avant tout un lien entre les générations, les territoires et les êtres. À travers son œuvre, c’est toute une conception de l’art qui s’exprime : enracinée, généreuse et profondément humaine. Plus qu’une récompense, le AKMA 2025 Lifetime Achievement Award célèbre une présence vivante, celle d’une artiste dont la voix, le geste et la danse continuent d’éclairer la musique malienne et de la projeter vers le monde.

Issouf Koné